Il faisait froid et son imperméable le protégeait de l’humidité. Pourtant, John sentait des gouttes de sueur perler sur son corps.

Le stress. C’était le stress.

Il hésita à retirer sa capuche. Il ne tombait plus que quelques gouttes de pluie, mais l’endroit grouillait d’anons.

« Evidemment, tout ça peut paraître un peu extrême », poursuivit Aleister. « Mais les normies relativiseraient ce que nous faisons s’ils savaient ce que nous avons à affronter. Soros a recourt à des pouvoirs supérieurs. Nous avons Kek, mais il a Moloch. »

John lui prêtait à moitié attention. Au fur et à mesure qu’ils se rapprochaient du QG de /pol/, le nombre de « normies » se réduisait, et les miliciens masqués se faisaient de plus en plus nombreux. Pour l’instant, personne ne s’intéressait à eux. Aucun anon ne s’était retourné sur son passage ou n’avait cherché à l’identifier. Mais une fois arrivé à destination ?

« Quand toute cette affaire sera finie, j’espère que nous pourrons convaincre le Président d’envoyer un corps expéditionnaire en Europe. », conclut son accompagnateur. « Si nous parvenions à en expulser les globalistes et leurs larbins, ce serait un grand pas en avant. »

L’arrêt de la pluie lui permettait de mieux observer les environs. Le quartier s’avérait moins peuplé que ce qu’il avait vu du reste de la ville. Peu de civils, et il n’avait croisé aucun militaire ou policier depuis qu’il était sorti du métro. Par contre, des anons jouaient aux sentinelles sur le trottoir ou dans les hauteurs des immeubles inachevés, leurs armes portées bien en évidence.

Les trottoirs étaient presque vides, la circulation sur la route rare, la pollution lumineuse et sonore beaucoup moins forte. Les flaques d’eau reflétaient la lumière des lampadaires, des néons et des phares des voitures, donnant au bitume une apparence multicolore.

Le bruit des spots publicitaires était rare et distant. En fait, de nombreux commerces étaient simplement fermés, et il n’avait croisé aucun écran géant. Est-ce que la municipalité n’avait pas pris la peine d’en installer, ou les anons les avaient-ils eux-mêmes retirés ? En fait, est-ce que la municipalité se risquait encore dans le quartier ?

« On est arrivé », signala Aleister.

John aperçut deux fourgons blindés stationnés à un croisement quelques mètres plus loin, phares allumés. Entre les véhicules, un groupe d’anons tenait un barrage et filtrait le flot de leurs camarades masqués.

John déglutit.

« Al… », fit-il avec inquiétude, « Et s’ils me demandent mon identité ? »

Il avait un mauvais pressentiment. Il avait un mauvais pressentiment depuis qu’il avait quitté l’appartement d’Aleister bien sûr, mais il lui semblait qu’une fois passé ce barrage il ne pourrait pas revenir en arrière.

Aleister tourna sa tête vers lui. John ne pouvait distinguer ses traits derrière le masque de grenouille, mais la voix se voulait rassurante.

« Fais-moi confiance. »

John voulut répondre, mais Aleister reprit sa marche, parvenant rapidement à la hauteur des miliciens. Bon sang. C’était trop tard. Il ne pouvait pas s’arrêter là, et il ne pouvait pas non plus se faire remarquer.

Quatre gardes patientaient là entre les fourgons, deux devant chaque véhicule. Ils ne réagirent pas à l’approche d’Aleister, mais dévisagèrent John. Celui-ci se retint encore de retirer sa capuche.

Aleister porta une main à l’intérieur de sa robe et en sortit un téléphone. Sans un mot, il le passa devant une borne en métal noir qui se trouvait entre les miliciens. La borne émit un bip sonore, et Aleister poursuivit son chemin.

John avança derrière lui, gardant la tête droite. Il sentait un besoin impérieux de tourner les yeux vers les miliciens, mais craignait en même temps de croiser leur regard. Il n’avait jamais eu une sensation aussi forte d’être observé, et ce d’autant plus qu’il ne pouvait pas deviner les visages qui se cachaient derrière les masques. Leur expression figée, l’espèce de sourire qu’ils affichaient, l’absence de mouvement ou de parole de leur part le rendaient encore plus nerveux.

Les quelques pas qu’il lui fallut pour passer entre les anons lui parurent durer une éternité. Il les dépassa pourtant, et ressentit un immense soulagement en parvenant de l’autre côté du barrage.

La rue où était installé le quartier général de /pol/ ressemblait à la plupart des rues de la ville, à ceci près que les /pol/acks semblaient se l’être accaparés. John distinguait, 200 à 300 mètres plus loin, deux autres fourgons blindés disposés pour former un second barrage.

John fut frappé par le grand nombre d’anons et de véhicules qui se trouvaient devant lui. Des camions de transport de troupes intégralement peints en noir stationnaient de part et d’autre de la rue, et des groupes de miliciens patientaient ici et là, certains contre les murs des immeubles, d’autres à proximité de leurs véhicules. Quelques-uns étaient assis par terre, en train de jouer aux cartes, et des anons isolés se déplaçaient d’un groupe à l’autre ou entre les bâtiments.

A l’exception du quartier général, la plupart des fenêtres des immeubles de la rue étaient condamnées. Ils n’étaient pas abandonnés pour autant, puisque des anons en sortaient et y entraient régulièrement. Au milieu de toute cette agitation, John releva même quelques prêtres déguisés comme Aleister, avec une robe de moine et un masque de grenouille.

Le moteur d’un des camions démarra. Quelqu’un siffla quelques mètres plus loin, avec un bruit strident dépassant à peine le bruit du véhicule. Aussitôt, un groupe de miliciens surgit du hall d’un immeuble, marchant en rang et au pas vers le transport. Un par un, ils montèrent à l’arrière du véhicule sans échanger un mot.

John observait discrètement la scène, sans savoir quoi en penser. Il avait l’impression d’assister à quelque sorte de spectacle grotesque où des figurants costumés jouaient à se prendre exagérément au sérieux.

Aleister le tapa sur l’épaule pour le sortir de sa rêverie, et lui fit signe de le suivre. Il se dirigeait vers le quartier général.

On distinguait facilement le siège de /pol/ des autres immeubles. Contrairement aux tours décrépites qui l’entouraient, le gratte-ciel était en bon état. S’il comptait de nombreuses fenêtres en verre opaque, on apercevait pourtant de la lumière à la plupart des étages. A sa base, un grand porche débordait sur la rue, surplombé par une sculpture représentant une pieuvre à tête de grenouille. La créature, avec de grosses lèvres rouges, affichait un sourire satisfait et enserrait dans ses tentacules une représentation de la Terre. Un panneau situé directement en dessous en contenait la légende :

/POL/ – NOTHING IS BEYOND OUR REACH

Se tenant droit, les bras dans le dos, deux anons immobiles montaient la garde devant l’entrée du bâtiment. Ils ne tournèrent pas la tête, mais John eut la désagréable sensation que leurs yeux le suivaient. Accélérant le pas, il entra dans l’immeuble sur les talons d’Aleister.

Le hall du quartier général ressemblait à celui d’une grande entreprise. Vaste, bien éclairé et propre, il comprenait des gardes, des sièges, des écrans affichant des images défilantes, des portiques menant au reste de la tour et du personnel d’accueil placé derrière un bureau. Il régnait dans la salle un étrange silence, seulement ponctué de temps à autre par l’écho de bruits de pas distants.

Les deux personnes placées à l’accueil portaient elles-aussi des masques, représentant un homme chauve au visage entièrement blanc et dont les traits évoquaient irrésistiblement une forme de tristesse. C’étaient eux, les « Wojaks » ?

Aleister lui désigna les sièges et lui demanda de patienter, avant de se diriger vers l’accueil. Il devait chercher à y négocier son entrée.

John baissa le regard et chercha le siège le plus éloigné des gardes pour se faire discret. Il s’installa dans un coin de la pièce et ne retira sa capuche qu’une fois assis.

Sa position lui permettait d’observer de loin Aleister échanger avec les hommes masqués à l’accueil. La discussion lui semblait interminable, et il se sentait en même temps assailli par toutes sortes de questions. Il aurait dû refuser clairement de venir ici. En même temps, il n’avait aucun moyen de convaincre Aleister de l’aider. Mais Aleister voulait-il l’aider ? Il voulait parler avec d’autres administrateurs, mais s’agissait-il d’un piège ? Est-ce qu’il voulait juste l’impressionner, ou impressionner ses copains masqués en se donnant de l’importance, ou est-ce qu’il avait une autre idée en tête ? Pouvait-il lui faire confiance ?

Non. Non, probablement pas. Il avait l’air tellement pris dans son délire – il n’y avait pas d’autre terme -, tellement préoccupé de se distinguer des « normies » et tellement fier de ce qu’il faisait.

Mais qu’est-ce qu’il aurait pu faire d’autre ? Le laisser là et contacter les autorités ? Mais non, la police était avec les clowns masqués.

Il aurait peut-être juste dû attendre, planter Aleister là, rentrer à Washington, se faire petit et attendre que le Président règle tout ça. Si ce que lui avait dit Aleister était vrai…

Il interrompit ses réflexions en repérant deux anons qui venaient dans sa direction en conversant. Ils s’installèrent dans des fauteuils à quelques pas de lui, mais ne lui prêtèrent pas attention.

John tendit l’oreille.

« C’est partout comme ça, pas juste à New York. », fit l’un des anons. « On m’a rapporté des évènements similaires à Pittsburgh et à Boston. La police se sent plus.

– J’ai eu la même chose en venant ici. », lui répondit le second. « J’étais dans le métro avec mon unité, et un groupe de policiers a débarqué pour un contrôle d’identité. Ils nous ont demandés nos papiers ! Au début on a rigolé, puis ils ont insistés.

– Vous les leur avez donné ? », demanda le premier anon, incrédule.

– Tu penses que non. J’ai pris l’officier par l’épaule, je l’ai amené dans un coin de la rame, et on a parlé entre hommes. Je lui ai demandé si c’était lui qui était un cuck ou le département de la Justice qui était enjuivé, et il a fini par m’avouer que le gouvernement était furieux contre nous et avait donné des ordres directs à la police pour nous maîtriser pendant quelques jours.

– C’est un coup des globalistes, tu crois ?

– Peut-être que des shills bien installés ont transmis ces ordres pour semer le chaos, ou peut-être que le Président… »

Le second anon s’interrompit, avant de reprendre, d’une voix plus faible :

« Tu sais, les rumeurs.

– J’ai lu des choses à ce sujet sur le chan, oui. »

John tourna légèrement la tête pour observer les deux anons. Ils portaient l’uniforme habituel des miliciens, mais arboraient des décorations qu’il avait le sentiment d’avoir déjà aperçu. Oui, elles ressemblaient à la médaille de l’anon représenté dans le National Enquirer, mais colorées en rouge.

« Il ne nous lâcherait pas. », poursuivit le premier anon.

« Pas tant qu’il est vivant. »

Il y eut un silence.

« Pourtant… », ajouta le second, « Pourtant on nous contrôle, et les administrateurs doivent le rencontrer ce soir. C’est pas tout d’ailleurs, l’officier de police m’a dit que le département de la Justice les avait privé de la plupart de leurs armes lourdes à New York, et qu’ils avaient commencés à faire pareil pour l’armée. Depuis hier. Par contre, ils ont fait venir un paquet de gars de la Trumpo.

– J’ai jamais pu les sentir ceux-là.

– Mais c’est volontaire, tu crois quoi ? C’est pas pour rien que c’est la Trumpo qui garde la Trump Tower et que le gouvernement les ramène quand on fait du grabuge. »

John en déduisit que l’anon parlait du service de sécurité de la Trump Organization.

« La police, ce sont des copains, l’armée, des patriotes. La Trumpo, c’est des mercenaires, des shills et des cucks en puissance si les globalistes leur proposent de l’argent. », conclut le second anon.

« Je suis pas rassuré. Tout le monde est tendu pour ce soir. », lui confia le premier sur un ton plus bas encore.

Le second anon se rapprocha du premier et répondit à voix basse.

John se pencha subrepticement dans leur direction en espérant entendre plus de la conversation, mais eut l’impression de croiser le regard d’un des deux anons. Il se renfonça aussitôt dans son siège, l’air de regarder ailleurs, et fit mine de s’intéresser à un écran accroché à côté de son siège, qui ressemblait en tous points aux autres écrans disposés dans la pièce. Il y défilait un assemblage apparemment incohérent d’images et de textes placés sur un fond beige. Quelques lignes de texte, parfois un paragraphe, séparaient des dessins de grenouilles, des photos de jeunes femmes ou des portraits d’Adolf Hitler.

Il lui fallut un moment pour se rendre compte que l’écran faisait défiler les pages d’un forum de discussion en ligne. Et pas n’importe lequel. C’était /pol/.

John fut pris au dépourvu. C’était ça, /pol/. C’était vraiment ça. Il avait pris l’habitude d’associer ce nom à des milices, à des individus masqués, à des réseaux secrets et même au gratte-ciel dans lequel il se trouvait, mais, avant tout, /pol/ était et demeurait un site internet autour duquel se retrouvaient ses membres. Aleister le lui avait bien dit. C’était au travers de cette série de commentaires illisibles que se réunissaient, communiquaient et décidaient un nombre inconnu d’utilisateurs anonymes.

John tenta de déchiffrer les messages qui s’affichaient. Il comprit que chaque message était illustré par une image et suivit de commentaires, dont seule une petite partie s’affichait sur l’écran.

Le premier message qu’il lût était accompagné par l’image d’un masque de Guy Fawkes. Son auteur se présentait comme un anon envoyé en mission secrète en Eurabie et racontait s’être infiltré jusque dans le palais de Soros. Là, il avait assisté à une cérémonie dirigée par le chef du culte lui-même. Soros, expliquait-il, se tenait sur un trône fait d’os humains, devant une immense statue de Moloch. Des câbles reliaient le milliardaire malfaisant à des cuves où se trouvaient des enfants maintenus en vie artificiellement, et dont le sang était transféré à Soros pour le régénérer.

Les quelques commentaires qui s’affichaient se moquaient de l’auteur ou l’insultaient, mais quelques-uns exprimaient une vive inquiétude.

Le message suivant était illustré par le drapeau d’Israël et demandait pourquoi /pol/ envoyait des combattants pour aider Israël alors que le groupe détestait les juifs. Le premier commentaire affiché établissait une subtile distinction entre les juifs patriotes, qui défendaient leurs valeurs nationales et valaient autant que le premier américain venu, et les juifs globalistes, qui avaient rejoint la cabale de Soros et, obsédés par l’argent et le pouvoir, vivaient pour détruire l’Occident. Le second commentaire déclarait simplement « Gas the kikes, race war now. », auquel répondait un troisième commentaire « Gas the bikes, car race now. »

Fasciné, John commença la lecture d’un troisième message, dont l’auteur demandait à /pol/ pourquoi il n’avait pas de succès auprès des filles, mais il fut interrompu par des bruits venus de l’extérieur. Les moteurs des camions avaient démarrés à l’unisson, et leur vrombissement se répercutait à travers le hall. Les véhicules quittèrent la rue dans un concert de klaxons et de cris de joie.

John en revint à l’écran. Le message précédent avait déjà disparu. Celui au centre de l’écran était accompagné d’une photographie d’un jeune homme blond et barbu, posant fièrement devant la caméra, fusil d’assaut en main. Le texte indiquait simplement : « EDGAR M. WELCH, HEROS DE LA NATION »

Edgar Welch ! Ce nom lui semblait vieux comme le monde. Il avait fait le tour du pays à la fin de l’année 2016. John s’en souvenait parce qu’Aleister en parlait tout le temps. Bien sûr, à l’époque, John ne prenait pas au sérieux tout ce qu’Aleister racontait, mais il parlait de celui-ci avec une insistance particulière.

Pour ce que John s’en souvenait, Welch avait été arrêté pour avoir ouvert le feu dans une pizzeria de Washington. A l’époque, l’Amérique bruissait d’une rumeur née sur /pol/. Wikileaks avait rendu public des e-mails de John Podesta, le directeur de campagne d’Hillary Clinton. Dans ces e-mails, certains internautes avaient cru déceler des codes faisant référence à la pédophilie et à des rituels occultes. Internet s’était vite emballé.

Partant du principe qu’une expression comme « Cheese Pizza » servait de code pour « Child Pornography », les participants de 4chan avaient relus et re-analysés les mails de Podesta sous cet angle. Ils avaient rapidement établi un lien entre Podesta et une pizzeria très connue de Washington dont le possesseur, James Alefantis, se présentait comme un homme de réseau invitant les personnalités du tout-Washington à sa table et organisait une levée de fonds pour Hillary Clinton. Les enquêteurs anonymes de 4chan en déduisirent qu’Alefantis était l’organisateur d’un réseau de pédophilie pour les élites de Washington – d’ailleurs, « James Alefantis » était une anagramme de « J’aime les enfants », ce qui constituait apparemment une preuve supplémentaire.

Chaque jour, de nouveaux indices de la conspiration globale étaient amassés par 4chan et les sites de réinformation qui avaient eu vent de l’affaire. Alex Jones, le fondateur d’InfoWars, propagea à son tour la théorie. Le nombre de preuves et d’accusations ne cessait de gonfler. A partir d’un mail faisant une référence obscure à Moloch, les 4channers en déduisirent qu’Hillary Clinton était reliée à une divinité vénérée dans l’Israël antique et dont la Bible condamnait le culte. La vénération de Moloch, disait la Bible, s’opérait au moyen de sacrifices d’enfants par le feu.

Le lien était facile à faire. Clinton, Podesta, Alefantis, les élites de Washington et, bien entendu leur principal donateur, George Soros, n’étaient pas seulement à la tête d’un vaste réseau d’enlèvement et de prostitution d’enfants, ils vouaient également un culte à Moloch auquel ils sacrifiaient ces mêmes enfants. Le complot pédophile des élites globalistes que mettaient à jour les 4channers et les militants de la réinformation s’avérait tellement vaste qu’il devint rapidement trop compliqué à saisir pour l’être humain moyen. Le Planning familial, institution défendue par le camp Clinton et la plupart des élites de Washington, faisait partie de ce réseau : les avortements qu’il permettait constituaient en fait autant de sacrifices déguisés à Moloch.

La rumeur continua à enfler sans fin apparente, jusqu’à ce que, inévitablement, elle sorte de ce qui n’était alors qu’un forum de marginaux et des réseaux de la réinformation. Un jeune homme du nom de Welch décida d’agir et de « libérer les enfants » emprisonnés dans la pizzeria de Washington. Armes à la main, il entra dans le restaurant et chercha les caves secrètes dans lesquelles étaient emprisonnés, violés puis exécutés les enfants capturés par le réseau sataniste de Soros. Ne trouvant rien, Welch se mit à tirer dans le restaurant et finit arrêté par la police.

4chan et les réseaux de la réinformation avaient alors bondi comme un seul homme pour dénoncer l’attaque de Welch comme une opération sous faux drapeau de la part des globalistes pour discréditer leur enquête. Aleister ne cessait de parler de ça. Les médias d’alors non plus, d’ailleurs. Ils dénonçaient tous une dangereuse théorie complotiste.

Les choses avaient bien changées depuis. Les médias parlaient toujours de la théorie, mais dans l’autre sens. 4chan avait gagné. Le New York Times avait fermé, le Washington Post était interdit. InfoWars, Breitbart, le New York Post – pardon, le Trump Tower Post – et le National Enquirer les avaient remplacés. Tous dénonçaient, de façon plus ou moins directe, de façon plus ou moins régulière, le lien entre les globalistes et Moloch et, à leur tête, le satanique Soros.

Après les Troubles, quand les élites avaient pu être menacées du bout d’un fusil, les anons avaient ratissés tous les lieux suspects d’avoir servi au complot : la pizzeria de James Alefantis mais aussi le Bohemian Grove, les associations de francs-maçons, la zone 51, et peut-être même, si sa mémoire ne le trompait pas, des édifices dénoncés comme des repaires d’illuminatis. Alefantis lui-même devait avoir été exécuté par des miliciens ou jeté en prison, Aujourd’hui encore, la traque continuait par-delà l’océan – et, bien sûr, au sein même de la population. Quant à Welch, il semblait avoir été réhabilité.

John se fit la remarque qu’Aleister croyait déjà à tout cela à l’époque. Il ne manquait pas de signaler son impatience de faire tomber les globalistes pour tous les crimes qu’ils avaient connus. John en riait. Il n’aurait pas dû.

Rétrospectivement, il comprenait plus facilement qu’Aleister se soit mis à croire en Kek et dans le reste de la cosmogonie de /pol/. Si un groupe aussi nombreux avait pu se persuader de l’existence d’un réseau mondial d’élites pédophiles contrôlant le monde et exécutant des rituels occultes, la vénération d’un dieu oublié fournissant des pouvoirs magiques ne devait pas leur sembler si ridicule.

Avec une telle théorie, tout faisait sens. C’était remarquable à quel point tout faisait sens. Non seulement le monde tel que /pol/ le voyait, mais le comportement de /pol/ eux-mêmes. Les ennemis étaient partout. Les globalistes avaient fui les Etats-Unis avec l’avènement du Great President, et poussés par leur dieu maléfique, cherchaient à détruire l’Amérique. La chasse au traître, aux « cucks » ou aux « shills », n’était pas une option : c’était un impératif. On ne pouvait avoir confiance en personne, puisque les globalistes opéraient toujours depuis l’autre côté de l’Atlantique. D’une façon ou de l’autre, ils convertissaient de nouveaux agents, s’infiltraient dans l’Etat, et, qui sait, peut-être avaient-ils des pouvoirs occultes eux aussi. Face à une force si maléfique, il était légitime, sinon obligatoire pour /pol/ d’agir avec autant de violence que nécessaire. Oui, tout faisait sens.

Et c’était parfaitement ridicule.

John se concentra à nouveau sur l’écran. Le message suivant formulait des inquiétudes concernant la manifestation à venir. Il disait avoir été prévenu en rêve par Kek que les globalistes tenteraient un coup ce soir pour reprendre le contrôle du pays.

Le premier commentaire affiché affirmait avoir vu des colonnes de chars se diriger vers New York.

Aleister saisit John par l’épaule.

« On y va », se contenta-t-il d’indiquer.

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