« Ca va vous plaire New York. C’est une grande ville, formidable ville. Tellement grand, croyez-moi, c’est incroyable. »

John regarda par la fenêtre de la voiture, sans prêter attention au bavardage du conducteur du taxi. Le véhicule se traînait misérablement dans les bouchons de la sortie du tunnel qui reliait Jersey City à Manhattan.

Ah, il allait payer cher, encore une fois. Il avait aperçu le taxi à l’arrêt, en sortant du bus à Jersey, et avait trouvé judicieux de lui demander de l’emmener à New York. La voiture inspirait confiance, pourtant. Un taxi Trump, à la carrosserie violette parsemée de carrés blancs et décorée du slogan « So fast, your head will spin ! ». Il s’était rapidement révélé un tacot poussif, conduit par quelqu’un qui ne savait manifestement pas ce qu’il faisait. Bon, arrivé dans les embouteillages, un bus n’aurait pas fait mieux.

« Ca construit tellement, c’est vraiment une grande ville, dans tous les sens du terme. Evidemment, il y a les accidents, des fois les bâtiments s’effondrent. C’est mauvais, mauvais, très triste. Mais c’est une grande ville. »

Mais il se retrouverait bientôt à court de fonds. Après avoir quitté la librairie, il avait rapidement trouvé une aire urbaine encore peuplée, avec un bus. Le bus l’avait emmené jusqu’à New Brunswick. Il y avait retiré ce qui lui restait sur son compte en banque. /pol/ ne suivait probablement pas les mouvements de son compte bancaire, ou alors son aventure était sans espoir. Mais, pris d’un accès d’inquiétude, de paranoïa peut-être, il avait préféré finir son voyage en utilisant du liquide qu’avec sa carte de crédit. Puis il avait pris un autre bus jusqu’à Jersey City, et enfin son taxi qui l’emmenait à présent dans Manhattan. Il lui resterait ensuite à prendre le métro New Yorkais, trouver à manger, et payer, évidemment, son voyage de retour à Washington. Peut-être pourrait-il convaincre Aleister de lui filer un peu d’argent…

Le taxi parvenait enfin à la sortie du tunnel, laissant discerner les immeubles de Manhattan. John ne s’était pas rendu dans cette partie du pays depuis plus de vingt ans, et le moins qu’il puisse dire c’est qu’elle avait changée. La partie la plus éloignée des villes s’était significativement dégradée. Les amas résidentiels et les sites industriels le long de la route semblaient peu peuplés, parfois abandonnés.

Il en allait différemment au fur et à mesure qu’il s’était rapproché de la zone urbaine de New York. L’activité y était plus importante. Le trafic routier, le nombre de personnes dans les rues, l’état des bâtiments montraient que des gens y vivaient encore. A proximité de la métropole, c’était encore autre chose. Jersey City était une autre ville. Autrefois, les gratte-ciels ne se tenaient que sur la berge de l’Hudson. A présent, ils se trouvaient dans toute la ville et faisaient de l’ombre aux immeubles traditionnels de deux à quatre étages.

Le taxi sortit du tunnel, avançant par à-coups au milieu des innombrables autres guimbardes vieillissantes.

La première chose que John aperçut fut les gouttes de pluie qui tombaient sur le pare-brise de la voiture.

La seconde chose fut les deux chars d’assaut stationnés de part et d’autre de la sortie, leurs canons pointés vers l’intérieur du tunnel. Ils occupaient une partie de la route, forçant les véhicules à rouler sur une seule voie. Des hommes en armes patientaient sous la pluie à côté des tanks. Les nuages dissimulaient la plupart de la lumière du jour, mais l’éclat des lampadaires permit à John d’observer sur leur casquette qu’il s’agissait du service de sécurité de la Trump Organization. Il releva également une automitrailleuse postée plus loin sur la route.

« Il y a toujours autant de soldats à New York ? », demanda-t-il au conducteur.

« Il y a toujours des soldats à New York. », lui répondit le chauffeur. « On s’entend très bien avec les soldats. On a les meilleurs soldats. Et puis on en a besoin, c’est dangereux New York. C’est ici que se réunissent les comploteurs globalistes envoyés par Soros depuis l’Eurabie pour faire tomber le pays dans le chaos. J’ai entendu sur InfoWars l’autre jour qu’il était devenu immortel ce gars, apparemment en sacrifiant des enfants à Moloch. C’est terrifiant. »

Le chauffeur regarda par la fenêtre un instant, avant d’ajouter :

« Mais c’est vrai qu’il y en a pas autant en général. Je me demande pourquoi. »

Le taxi dépassa lentement les militaires. John les étudia avec attention. La lumière des lampadaires et des phares de voitures permettait d’y voir clair malgré les nuages et la pluie, mais ne rendait que difficilement visibles les visages des soldats sous la visière de leurs casquettes. John en retira néanmoins l’impression qu’ils ne prêtaient pas vraiment attention au trafic routier. Ils ne prenaient pas la peine de fouiller les voitures ni même de vérifier l’identité des voyageurs. Ils servaient juste à impressionner le public. Ou peut-être attendaient-ils quelque chose.

John demanda au taxi de s’arrêter quelques mètres plus loin. Le compteur indiquait déjà 35$. Il trouverait facilement un métro à proximité puis se rendrait chez Aleister. Il paya le conducteur et sortit aussitôt, déterminé à ne pas traîner sous la pluie.

Il eut immédiatement l’impression d’être absorbé dans un autre monde. Le vent et la pluie lui fouettèrent le visage. Les trottoirs de New York grouillaient de passants pressés brandissant des parapluies, ou la tête rentrée sous la capuche de leurs imperméables. Des sons lourds émanaient de toutes les directions. Des coups de klaxons, le moteur des voitures, le bruit de la pluie et des éclats de voix familiers.

Désorienté, John parcourut les environs du regard, cherchant un point de repère. Les immeubles se dressaient jusqu’au ciel, bien plus hauts que dans ses souvenirs, éclairés de façon inégale. Certaines façades présentaient des rangées de fenêtres presque entièrement illuminées. D’autres brillaient moins, voire pas du tout. Des ponts avaient été ajoutés aux sommets des tours, créant un passage entre les deux côtés de la rue. On les devinait empruntés eux aussi par une foule nombreuse. Des écrans étaient disposés çà et là – des petits écrans publicitaires au niveau de la rue, des écrans géants plus haut sur les façades. Partout s’agitait, sous un angle ou l’autre, dans des costumes et des décors différents, la figure du Président.

« We gonna win, win, win ! », tonnait l’image du Président en face de lui, installée dans un grand panneau quelques mètres au-dessus de la rue.

« If you like steaks, you will absolutely love Trump Steaks ! », ajouta une autre vidéo présidentielle, diffusée par un poste de télévision du Trump Store situé légèrement à sa gauche.

« And when I say win, I mean big league win. We’re not gonna win small, we’re gonna win big ! », poursuivit avec enthousiasme la première vidéo.

« Trump Steaks are by far the most tasty and flavorful beef you will ever had, truly in a league of their own », surenchérit le second Président.

D’autres interventions présidentielles, diffusées un peu plus loin se joignirent aux deux discours. John vacilla. Comme hypnotisé par toutes les lumières et les mouvements, ses yeux passaient d’un écran à l’autre. Il ne parvenait plus à distinguer quelles phrases vantaient des steaks, de l’eau en bouteille, ou la politique du gouvernement.

Une vague d’eau jaillit sur le dos de John, le ramenant à ses sens. Les voitures qui passaient derrière lui avançaient plus vite et l’éclaboussaient tour à tour. Détachant son regard des écrans, il se boucha les oreilles et se fraya avec détermination un chemin dans la foule.

Il lui fallut presque une bousculade pour entrer dans le flux d’imperméables et de parapluies qui marchait, à grande vitesse d’ailleurs, dans le sens inverse du tunnel. Il se rassura en se disant qu’il n’avait au maximum que quelques minutes de trajet avant d’atteindre une station de métro.

La ville continuait à le décontenancer. Il se souvenait d’une cité pleine d’immeubles de taille moyenne, avec des grappes de gratte-ciels au centre et au sud de Manhattan. A présent, ceux-ci s’étendaient aussi loin qu’il puisse voir.

Pourtant, il n’avait pas le sentiment de traverser le centre de Manhattan. Il n’était pas entouré des tours de bureaux bien propres des quartiers d’affaires, avec leurs vastes baies vitrées et leur architecture moderne. Quelque chose manquait.

En dépit des nuages noirs, les rues étaient inondées de lumière. Les phares des voitures et les lampadaires, oui, mais aussi l’éclairage des innombrables magasins de la marque Trump. Des néons formant les lettres TRUMP en majuscule ornaient la plupart des devantures et étaient accrochés à des panneaux au-dessus de la rue. Au-dessus, il en allait différemment. Il apparut rapidement à John que tous les immeubles n’étaient pas aussi peuplés. Certains, en fait, n’étaient même pas achevés.

John n’en revint pas. Une tour pouvait être en bon état, avec des fenêtres éclairées à tous les étages, et avoir comme voisins un immeuble presque vide et un squelette de bâtiment. Maintenant qu’il s’adaptait aux spots lumineux omniprésents, il distinguait mieux l’état réel de la ville. Les écrans géants servaient autant à diffuser les gesticulations présidentielles qu’à recouvrir les fractures ou les trous dans les façades. Quant aux gratte-ciels, il s’agissait principalement de gros blocs de béton construits presque à l’identique. New York n’allait pas mieux que Washington. Derrière les artifices visuels, elle était même probablement plus délabrée. John se demanda combien d’entreprises de BTP en dehors de la Trump Organization avaient participés à la reconstruction de la ville.

Il parvint à la hauteur d’un petit parc, vide en dehors d’un groupe de clochards qui y avaient dressés une tente. Ils s’abritaient sous un grand panneau publicitaire planté là incongrûment, sur lequel était présentée une photographie du Président dans ce qu’on supposait être son appartement à l’intérieur de la Trump Tower. Assis sur une chaise style Louis XIV, dans une pièce couverte de dorures, le Président souriait. L’image était légendée en grosses lettres :

« THERE IS ONLY ONE WAY TO LIVE. THE TRUMP WAY. »

Un texte plus petit invitait le spectateur à contacter la Trump Tower la plus proche.

John regarda à nouveau les rangées d’immeubles. Il releva avec angoisse des fissures dans plusieurs bâtiments. Toutes ces tours devaient avoir été construites à la va-vite, avec autant de préoccupation pour la qualité du bâti que pour leur architecture. Il n’y avait pas d’autres moyens pour que la ville ait été reconstruite si vite.

John se remémora les romans qu’il lisait lorsqu’il était jeune. Il se souvenait des histoires « cyberpunk » qui imaginaient des villes futuristes surpeuplées, noyées sous les publicités, où la majorité de la population vivait dans la misère et était asservie par les nouvelles technologies. « Hi-tech, low life » disait-on.

Mais ce n’est pas ce qui s’était produit. Les villes du début du XXIème siècle s’étaient « gentrifiées ». Les élites en avaient fait leur domicile, et avaient expulsés les plus pauvres dans les campagnes. Les villes modernes regroupaient tous les vainqueurs de la globalisation. On y vivait bien. On y était plus libre que jamais. Il n’y avait pas de gangs armés qui semaient la terreur en plein jour, de force de police répressives arrêtant arbitrairement des citoyens. Les tours crasseuses ne s’étaient pas matérialisées – au contraire, les cadres dirigeants et les diplômés des universités de l’Ivy League se rendaient dans des immeubles d’une propreté éclatante. Les villes prospéraient, comme la plupart de leurs habitants. « Hi-tech, hi-life », finalement.

A présent, New York, comme les autres grandes villes, avait été rendue au peuple. Low life, certes, mais low tech aussi. On avait chassé les élites médiatiques et intellectuelles. On avait fait rentrer dans le rang les professeurs d’université aussi bien que les journalistes, les architectes, les ingénieurs et les médecins aussi bien que les patrons globalistes. Et maintenant, les patriotes américains s’entassaient tant bien que mal dans des blocs de béton vétustes.

Le regard de John fut attiré par la masse informe et indistincte de pierres qui s’étalaient à une centaine de mètres de lui. Au beau milieu de l’avenue, juste après une intersection, s’étendaient les gravats d’un immeuble effondré.

Non, ses yeux ne lui jouaient pas des tours. Une partie de la façade d’un gratte-ciel s’était détachée et était tombée au milieu de la rue, formant un mur de pierre et de métal. Personne n’avait l’air de s’en soucier, du reste. Il n’y avait pas de pompiers cherchant à extraire des habitants des décombres, pas d’ouvriers pour nettoyer le chemin, même pas de passants s’arrêtant pour prendre des photos. Les piétons marchaient devant sans s’arrêter et les voitures empruntaient la rue qui coupait l’avenue.

John s’approcha de la carcasse de l’édifice, incrédule. Il s’agissait d’une grande tour en béton, dont la construction n’avait jamais été achevée. On distinguait par le trou dans la façade des petites pièces étroites sans la moindre peinture, le moindre objet ou le moindre meuble, des tuyaux sortant des murs et jamais rattachés à quoi que ce soit.

L’effondrement ne semblait pas récent. John se demanda comment pareil système pouvait fonctionner. Quelqu’un ordonnait la construction d’un immeuble, puis celui-ci s’effondrait, et les travaux étaient abandonnés en conséquence ? Ou bien les équipes avaient-elles uniquement pour instructions de construire la structure générale d’une tour et de la laisser au vent et à la pluie ensuite ? Qui payait pour ces squelettes de bâtiments ? Pourquoi personne ne dégageait-il la route ?

John remarqua qu’un chemin avait été aménagé dans les décombres et menait à l’intérieur de la structure. Des planches en bois permettaient de monter sur le tas de cailloux, puis formaient un passage à peu près stable vers le trou dans la façade. A y regarder de plus près, des graffitis ornaient certaines des pierres – des dessins de grenouilles, d’hommes en costume-cravate sans visages, de masques de Guy Fawkes. En fait, l’immeuble n’était peut-être pas complètement abandonné. John distinguait aux étages les plus hauts une faible lumière, qui s’échappait tant bien que mal des fenêtres condamnées.

Il eut soudainement le sentiment que quelqu’un l’observait. Une silhouette indistincte était apparue à l’un des étages dont le mur s’était effondré, et semblait le fixer.

John se retourna, prêt à passer son chemin, quand le moteur d’un fourgon retenti derrière lui. Un véhicule blindé se garait à côté des ruines. Un type masqué tenait le volant.

L’homme du fourgon ne prêta pas attention à lui. Les portes latérales du véhicule s’ouvrirent, et un groupe d’anons en sortit, les hommes masqués portant, seuls ou à plusieurs, de grandes boîtes métalliques.

John s’écarta précautionneusement, veillant à ne croiser le regard d’aucun des anons, marchant à une vitesse raisonnable pour ne pas se faire remarquer.

D’autres fourgons approchaient, identiques au premier. Il était temps de quitter les lieux.

John reprit sa marche au milieu de la foule. Sans qu’il sache trop pourquoi, il sentait son ventre se serrer et son énergie l’abandonner. Il avait tant entendu parler des grands travaux entrepris par le Président depuis vingt-cinq ans, des nouvelles routes flambant neuves, des futures tours résidentielles pour héberger les patriotes dans les centres-villes. Et au bout du compte, tout ça ne valait pas mieux que Washington.

Il avait espéré quelque chose en venant ici. Il avait espéré que le délabrement ne soit pas général.

En fait, il avait espéré quelque chose depuis le premier mandat du Président. Il y a bien longtemps, quand il était jeune, il avait souhaité punir l’establishment. C’avait été fait. Le Président avait réussi, sans le moindre doute. Mais après ? Oui, après, quoi ? Il ruminait ces pensées depuis qu’il avait pris un café dans la gare de Washington, et il ne trouvait toujours pas de réponse.

Il aimait son pays à l’époque, et il l’aimait toujours. Il souhaitait qu’il aille mieux, qu’il « retrouve sa grandeur », comme le voulait à présent la formule consacrée. Pourtant il ne parvenait pas à imaginer ce futur meilleur. Les américains, et lui au premier chef, avaient rejetés le futur dont rêvaient les globalistes, puis ils s’étaient enfermés dans leur petit monde. Ils s’étaient concentrés sur leur vie quotidienne, celle qui leur était familière, celle avec laquelle ils avaient grandis, et ils n’avaient pas voulu en sortir. Ils n’avaient pas rêvés à autre chose de plus grand. Bien sûr, le Président parlait tout le temps de gagner et de rendre l’Amérique grande, mais il s’agissait de la rendre grande à nouveau, de rebâtir l’Amérique telle qu’elle était avant, et pas d’élaborer l’Amérique de demain.

C’était peut-être ça, au fond. Ce n’était pas par lâcheté qu’il s’était désintéressé de l’état de l’Amérique. C’était parce qu’il ne savait pas quoi faire d’autre. A un moment ou l’autre, le pays avait perdu le goût de la grandeur et l’envie de changer le monde. Il souhaitait juste retrouver sa vie confortable d’avant, ou la vie d’avant telle qu’il s’en souvenait. Il voulait juste se concentrer sur ses affaires privées, son boulot, sa maison, sa famille. Les globalistes avaient joués sur la fibre idéaliste des américains. Ils avaient vanté la supériorité des idées occidentales, la force de la démocratie et la valeur des travailleurs américains. Ils avaient utilisé cet argumentaire pour justifier leurs guerres aux quatre coins de la planète, la mise en concurrence avec les Chinois et l’accueil des mexicains ou des réfugiés. Après des décennies de globalisme, les américains, exténués, avaient seulement souhaités retrouver leurs vies paisibles qui avaient tant été malmenées par les élites. Pour ça, pensaient-ils, il suffisait juste de se débarrasser des élites.

En pratique, ça n’avait pas marché. Ceux qui voulaient juste se venger des élites avaient été satisfaits. Ceux qui espéraient plus avaient dû se rendre à l’évidence que la nouvelle administration ne leur donnerait pas autre chose. Parmi ces derniers, la plupart du temps, on se cachait l’état des choses comme on pouvait – on croyait les journaux, les déclarations gouvernementales, les projets pharaoniques qui étaient annoncés, on se rassurait en se disant que les choses n’allaient pas si mal et que le Président travaillait dur. Mais au fond, après vingt-cinq ans, plus personne ne pouvait nier la situation. Ce qu’il fallait au pays, finalement, ce n’était pas plus de courage. C’était de laisser les fantômes du passé derrière lui et de croire en autre chose que dans du populisme bas de gamme.

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